CHRISTINE LE QUELLEC COTTIER, DEVENIR CENDRARS – LES ANNÉES D’APPRENTISSAGE
LE QUELLEC COTTIER, Christine, Devenir Cendrars – Les années d’apprentissage, Paris, Honoré Champion, Cahiers Blaise Cendrars N° 8, 2004, 327 p., ill.
«
Mon jeune passé sportif saura suffire », clame le poète
de J’ai tué au moment d’accomplir, l’eustache à la
main, ce qu’il appelle le grand bond dans la réalité, scellant
ainsi son destin d’écrivain. Mais quel est précisément
ce passé ? Quels drames le poussent à renier en bloc ses origines
? Quelles luttes le forcent à placarder son nouveau nom telle une « affiche
bleue et rouge montée sur un échafaudage » ? Et en vertu
de quelles avancées, de quelles alchimies les « nouveautés » promises
et promues de la sorte deviendront-elles de purs chefs-d’œuvre ?
S’appuyant sur des documents moissonnés dans diverses archives
françaises, suisses et allemandes, basée sur l’analyse
serrée de textes inédits ou peu connus – Aléa, Moganni
Nameh, Le Retour et La Légende de Novgorode –, l’étude
suit la métamorphose de Sauser / Cendrart / Cendrars, dans une optique à la
fois historique et littéraire. Devenir Cendrars s’agence ainsi
en un triptyque où se tissent les liens subtils entre œuvres et
individus, langues et vocations, espaces culturels et productions artistiques.
D’origine suisse, familier, avant guerre, de l’Allemagne presque
autant que de la France, le poète jette aux orties son bagage de parfait
bilingue et s’engage au premier jour de la mobilisation. Dans un geste
analogue de rupture et de raccommodage, la vie de l’auteur d’Aléa
est mise au secret dans Moganni Nameh qui sera dépecé à son
tour par Moravagine, aboutissement éclatant des « sutures poétiques » inaugurées
par l’apprenti écrivain.
L’entrée en littérature de Blaise Cendrars est restée
longtemps occultée. C’est à point nommé que l’enquête
menée en profondeur et avec élégance par Christine Le
Quellec Cottier vient en révéler la préparation secrète
et résolue, mettant en lumière les multiples facettes inconnues,
inattendues, tant biographiques que textuelles d’un travail sur soi acharné,
impitoyable.